Aux sections de la WCRP, en solidarité
Facteurs de paix, les religions ? Plaisanterie de mauvais aloi pour tous ceux qui ont un contentieux avec la religion et voudraient lui régler son compte en la proclamant coupable de tous les conflits qui gangrènent la planète. Alors, fauteurs de troubles, les religions ? S'élèvent aussitôt les réactions, promptes à fustiger l'autre pour mieux se disculper. Car est-il possible que "ma" religion soit coupable d'exactions quand sa définition l'innocente ? Et plus encore : est-il possible que les religions puissent prétendre semer la paix ? Un tel projet soulève plus l'incrédulité. Les religions n'ont-elles pas montré plus de volonté d'exclusion, de sectarisme, d'égoïsme que de sollicitude, de disposition à accueillir, à s'ouvrir ?
Questions embarrassantes ? N'est-il pas préférable de s'en embarrasser, que de se jeter d'emblée sur une réponse émotionnelle ou justificatrice ?
Quittons le stade du constat, cessons de dresser un bilan comptable des responsabilités. Les croyants ont une mission, aujourd'hui, dans ce monde-ci où la paix constitue le problème n° 1.
La réponse n'exige pas seulement une connaissance précise des faits historiques où la religion fut un acteur responsable. Comme en Yougoslavie où ont rivalisé catholiques et orthodoxes, comme ont rivalisé les chi'ites et les sunnites dans le conflit Iran-Irak, où encore au Soudan le nord musulman et le sud, chrétien et animiste. Il reste que les forces religieuses peuvent jouer un rôle de paix. Ce fut le cas en Pologne, mais aussi en R D A, où les Églises luthériennes ont joué un grand rôle dans la chute du mur de Berlin, ou encore aux Philippines où le rôle de l'Église a été déterminant dans le rétablissement de la démocratie et de la paix.
Il s'agit de déceler quelle est la part effective de responsabilité de la (ou des) religion dans un conflit. Les croyants peuvent-ils continuer à se réfugier douillettement dans leurs certitudes. Ne sont-ils pas mis au défi de reconnaître leur propre responsabilité d'acteur social dans la dégénérescence, comme dans la construction, d'un monde dont nous sommes tous locataires. Qu'est-ce qui se cache derrière l'identité revendiquée de protestant, de catholique, d'orthodoxe, de juif ou de musulman ? Quelle est la part prise par les usurpateurs qui se réclament d'une religion pour justifier leurs exactions ? Quelle interprétation font les acteurs dits religieux de la convocation qu'ils ont reçue de leurs textes fondateurs quand ces acteurs sont promoteurs de conflits.
De la culpabilité à la paix
Le refus des différences, qu'il soit religieux, ethnique, racial, culturel, a été source de tension. Débouchant parfois sur la haine, à laquelle a répondu une haine plus forte encore. Pourtant, "si l'on répond à la haine par la haine, disait le Dalaï Lama, quand donc cessera la haine ?".
Mais, si l'on décide de construire, cessons de nous tétaniser de culpabilité. L'Eglise, par exemple, a soutenu en leur temps les inquisiteurs, les Simon de Montfort, les Torquemada, reconnu Catherine de Médicis ou Franco. L'Eglise porte ses responsabilités et les chrétiens la partagent volontiers. Mais qu'ils abandonnent ce sentiment excessif d'humiliation de la faute et du péché. La culpabilité est malsaine quand elle engendre le mépris narcissique de soi. De plus elle étouffe la perception de notre potentiel d'efficacité et annihile notre conscience de responsabilité dans l'oeuvre toujours à construire.