Comment Mahomet comprend sa légitimité

Pour les Janier, avec notre reconnaissance

   Hors du cercle étroit des scripturaires, a surgi un personnage, ni juif, ni chrétien, et qui pourtant est authentiquement abrahamique.

Selon la tradition Yavhiste(1) du Livre de la Genèse, Sara, l’épouse d’Abraham que l’âge a rendue stérile, livre sa servante Hagar à son mari pour assurer sa descendance. Cette pratique est admise par le droit mésopotamien, le Code d’Hammurabi ayant prévu cette situation qui reconnaît le droit à l’héritage de l’enfant issu d’une esclave(2). Pendant la gestation d’Hagar, Sara est miraculeusement enceinte, rongée par la jalousie renforcée par l’attention que porte Abraham à Hagar.

La Tradition élohiste (3) (Gn 20) raconte que les deux enfants, Isaac, fils de Sara, et Ismaël, nouveau-né de Hagar, jouent ensemble. La susceptible Sara, excédée, exige d’Abraham le renvoi de la servante, afin que « le fils de Hagar n’hérite pas avec mon fils Isaac » (Gn 21).

Ce que femme veut… Abraham renvoie donc Hagar et son fils. Dans le désert de Bersabée l’enfant a soif, pleure, et crie. Le récit Yavhiste raconte qu’un ange vient à l’aide de Hagar, et promet à Ismaël une innombrable descendance « car c’est de lui que je ferai un grand peuple car il est de ta race » (Gn 21, 18).

Ismaël a été exclu. Mahomet l’est aussi, depuis La Mecque jusqu'à Médine. Mahomet, qui n’ignore pas l’Ancien Testament, y perçoit le thème de l’opposition entre élus et exclus. C’est à ce stade que se situe le conflit entre Mahomet et les gens du Livre. Selon les Juifs, Mahomet est le type même du rejeté, de l’exclu. Et le type même de l’exclu c’est Ismaël(4). Voilà qui a été décisif sur la psychologie de Mahomet. Convaincu que son destin rejoint celui d’Ismaël, Mahomet fait de son exclusion un destin. L’exclusion dont il est l’objet de la part des juifs l’identifie à Ismaël, fils d’Abraham. Mahomet découvre alors le témoignage irrécusable de sa légitimité. Fils d’Ismaël, le voilà fils d’Abraham !

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Que fait l’Église dans le dialogue inter-religieux

Pour Yves Giorello, en hommage amical

   L’émergence de nouvelles religiosités et de nouvelles communautés chrétiennes ne doit pas nous faire oublier le défi permanent des grandes religions historiques comme  l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam.

Non seulement elles maintiennent leur emprise sur leurs fidèles, mais elles recrutent de nouveaux adeptes sur le territoire de l’ancienne chrétienté. Le pouvoir des médias, la rapidité de la communication et le nouveau flux migratoire des populations ont modifié l’ancienne carte missionnaire du monde. L’Europe compte déjà plus de 15 millions de musulmans et l’Amérique du Nord découvre avec ferveur la sagesse des grandes religions de l’Orient. À l’heure de la mondialisation, nos sociétés sont de plus en plus multi-culturelles et pluri-religieuses.

    Il s’agit d’une véritable révolution dans l’histoire religieuse de l’humanité et on ne dira jamais assez la chance que représente la nouveauté du dialogue interr-eligieux pour la communauté mondiale à l’aube du troisième millénaire. À cet égard, l’Eglise catholique qui témoignait d’un exclusivisme religieux intransigeant a joué un rôle de pionnier. Le concile de Vatican II représente une mutation sans précédent envers ceux que l’on désignait encore comme les païens. L’Eglise encourage désormais une attitude de respect et d’estime à l’égard des autres religions du monde et la théologie récente des religions est désormais en faveur de la reconnaissance des autres traditions religieuses comme voies possibles de salut.

Voilà qui modifie les formes de la mission de l’Eglise et de l’annonce de la Parole de Dieu à tous ceux qui appartiennent aux religions non chrétiennes.

Gérard Leroy, le 6 décembre 2024

cf. G. Leroy, Le salut au-delà des frontières, Ed. Salvator

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Le patchwork religieux du Liban

Pour Sophie Guerlin, Hélène, Jean-Marc et Roland, en hommage amical

      La spécificité du Liban c’est la nature confessionnelle de son système politique.  La présidence de la république est dévolue à un chrétien maronite, doté de pouvoirs exécutifs. C’est lui qui nomme le premier ministre et les membres du cabinet après consultation. Quant au président du parlement celui-ci doit être issu de la communauté chiite, le poste de premier ministre étant réservé à un musulman sunnite.

Les sièges du Parlement sont divisés à part égale entre chrétiens et musulmans. Ces sièges sont subdivisés entre toutes les divisions confessionnelles parmi lesquelles il nous faut distinguer les chrétiens maronites, les grecs orthodoxes, les grecs catholiques, un protestant, les musulmans sunnites, les druzes, les chi’ites, divisés eux-mêmes en 4 groupes (les duodécimains qui attendent le retour du douzième imam (Medhi, † 873) ; les septimains ; les zaydites du Yemen, les Ismaélites.

La communauté maronite a été la communauté religieuse la plus influente jusque dans les années 1970, ce qui lui favorisait un poids économique important jusqu'à ce que la guerre civile éclate en 1975. L’accord de Taëf signé le 22 octobre 1989 marque la fin de la guerre civile et institue le fonctionnement du système confessionnel actuel.

Les accords de Taëf ont permis un compromis sur le plan de la représentation politique. Ils ont fixé le nombre de députés à 128, porté par un récent projet incluant de nouveaux membres de confessions chi’ite, sunnite et druze à 134. Le parlement compte 64 députés chrétiens et 64 musulmans. Sunnites et chiites, sont représentés en nombre égal (27 députés) Les députés maronites sont au nombre de 34. Cependant les intérêts particuliers, les rivalités entre les groupes et les personnes continuent de générer le népotisme et la corruption.

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