Identité, enracinement, universalité

Pour Édwige, que j’embrasse fort

   Je propose qu’on regarde le couple « enracinement-universalité » comme conjonction, non comme disjonction, et de penser cette polarité à partir de l’annonce du Christ : « Une fois élevé de terre j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). L’enracinement de ce Juif Palestinien Jésus de Nazareth s’ouvre en effet « une fois que je serai élevé de terre » à l’humanité entière. La formule est, de surcroît, indicative, en ce que elle esquisse les structures de l’existence auxquelles cette polarité rattachée devient intelligible.

L’enracinement des hommes peut être vécu selon deux aspects : la fermeture, ou l’isolement, et l’ouverture, ou l’échange qui s’appuie sur la conviction qu’une identité n’est jamais définitivement acquise mais qu’elle se construit  avec les aléas de la vie, donc en permanence.

Existentiellement, une identité qui se fonde sur le repli ou l’isolement se prive de l’éclosion que lui permet la relation, l’échange grâce auquel se révèle sa singularité. « Qu’est-ce qui fait que je suis moi et pas un autre ? » Cette question, qui turlupine un certain nombre d’entre nous, est traduite par ce qu’on appelle l’ ipséité. Mais le moi n’est pas que singulier, il est aussi un moi qui partage avec l’humanité ce qui appartient en commun à tous les êtres humains. Cette approche intègre deux dimensions qui se rejoignent : l’enracinement et l’universalité. L’enracinement est une des structures de notre existence. Il se rapporte à tout ce qui a valeur de lieu commun, la coutume, la tradition, la langue, les mythes, les contes. « Je pense comme cela, donc je suis de quelque part ».

Continuer à lire

Pages