Foi et raison

Pour Henri-Luc Camplo, en hommage amical

   Les philosophes des Lumières, attribuant le primat à la raison, ont séquestré la religion dans ses frontières. La raison est élevée par toute cette période au rang de force spirituelle indépendante. La grâce est rejetée et l’idée de Dieu, passée au crible de la raison, de fondatrice devient fondée (1). 

Pour Descartes et Malebranche, pour Spinoza et Leibniz, la solution au problème de la vérité devait passer par la médiation du problème de Dieu. Pour ces penseurs, la connaissance de l’essence divine constituait le principe suprême de la connaissance, d’où découlent par voie déductive toutes les autres certitudes. Or, la pensée majoritaire du XVIIIe siècle a déplacé le centre de gravité de la question, la faisant siéger dans la physique, dans l’histoire, dans le droit, l’État, l’art... La pensée échappe de plus en plus à la tutelle de la théologie traditionnelle, et peut alors s’exercer indépendamment de l’avis de l’Église. La théologie en vient à renoncer à la primauté qu’elle revendiquait jusque là, et conjugue avec d’autres domaines revendiquant leur indépendance. La raison est autonome, et l’on en vient alors à reconnaître, à l’instar de Protagoras, que l’homme seul est la mesure de toutes choses, capable de distinguer le bien du mal, le vrai du faux etc.

Qu’advient-il de la religion ? Loin d’être supprimée la religion doit recevoir de l’homme ses déterminations essentielles. La certitude religieuse n’est plus le don d’une puissance surnaturelle, de la grâce divine, car c’est à l’homme seul de s’élever jusqu’à cette certitude et d’y demeurer. De ce principe théorique découlent toutes les conséquences que le XVIIIe siècle en a tirées. Le caractère de l’époque des Lumières, c’est ce pur intellectualisme, souscrivant sans réserve au primat de la pensée, capable de fonder une nouvelle religion dans les limites de la simple raison.

Continuer à lire

Pages