La naïve opposition entre culture et culte

Pour Bernard Schürr, en reconnaissance amicale

   C’est bien souvent sans réfléchir qu’on oppose les mots « culturel » et « cultuel ». À y regarder d’un peu plus près, on risque alors d’assécher le culturel et mutiler le cultuel. 

Lors de la construction d’une église, ou de la restauration de N.D. de Paris, par exemple, les affectataires, croyants et touristes, ont leur mot à dire, autour des dimensions culturelle et cultuelle : la première réflexion émane des responsables de la culture et porte sur le respect du caractère religieux ; l’autre réflexion porte sur les rapports entre art et foi. Ouvre-t-on l’église aux concerts de Booba, ou pour y apposer des toiles de Siné ? 

La question en entraîne une autre : le signe peut-il encore faire signe s’il se réduit à lui-même ? Cultuel et culturel sont dans la même nef, et si l’un des deux tombe à l’eau, tout le monde se noie ! 

Les objets et les lieux de culte ne sont pas divins, il faut en convenir, mais ils en gardent des « traces », ce que souligne Régis Debray (Dieu, un itinéraire, Ed. Odile Jacob). Et ces traces sont comme des chemins dont on attend qu'ils mènent à Dieu. 

Que resterait-il d’un « culte » qui n’aurait plus aucun goût pour la beauté des chants, des sculptures, du lieu... ? Que resterait-il d’un lieu qui ne serait plus qu’objet culturel, sans aucune compréhension de ce pour quoi il a été façonné ? Serait-ce encore de la culture ?

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