Pour Jackie et Louis, en hommage amical
Comme tout juif pieux Luc fréquente la synagogue, celle de Nazareth sa ville natale. C’est là qu’un jour Jésus se désigne pour lire l’écriture, comme aujourd’hui l’on invite un fidèle à lire un texte de l’Ecriture avant d’entendre l’Évangile. De même, à la synagogue, tout homme adulte était autorisé à lire publiquement le texte prophétique du jour. Il arriva que Jésus eut à lire un passage du chapitre 61 d’Isaïe, les versets 1 et 2 précisément. Ce chapitre met d’abord en scène le héraut de Dieu, qui présente sa mission : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi ».
Quand Jésus déclare qu’ « aujourd'hui cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez » (Lc 4, 21) Jésus invite ses auditeurs à percevoir les signes qui l’annoncent. Comment peut-il annoncer que le temps prédit par Isaïe est arrivé ?
La colère de l’assistance, évidemment, éclate. Branle-bas de combat dans la synagogue. Les auditeurs chassent Jésus hors de la ville et décident de le précipiter du haut d’une colline. Mais lui, passant au milieu d’eux (imperturbable ?) continua son chemin (Lc 4, 30). Tous ces gens voulaient faire subir à Jésus le sort réservé aux faux prophètes selon les sentences annoncées dans le Deutéronome (Dt 17). Jésus semble reporter l’heure de la passion qui n’est pas encore venue.
À la synagogue de Capharnaüm Jésus se confronte avec un individu dépossédé de lui-même par une force maléfique. Celle-ci reconnaît soudain l'envoyé divin et se rebiffe. Mais elle est sommée de quitter le malade. La sortie du démon, spectaculaire, provoque l'effroi des badauds. La scène se déroule dans la maison de Simon Pierre (Mt 8, 14). La parole de Jésus guérit.
Peu après Jésus donne l'ordre à ses amis de jeter les filets dans les eaux profondes du Lac. Surprenant après une nuit d’efforts infructueuse (Lc 5, 4-5). Mais Pierre a confiance. En les remontant les filets se déchirent (Lc 5, 6-7).
La symbolique fait éclater le réalisme du récit : l'efficacité de la parole de Jésus atteint là encore un résultat inimaginable, de sorte qu’un homme en vint à appeler Jésus « Seigneur » (Lc 5, 8), un titre qui s'applique autant à Dieu qu’au Messie. Simon Pierre le premier reconnait en Jésus l’icône de Dieu. Et le pêcheur de poisson deviendra pêcheur d’hommes.