Pour Maryline Lugosi, que j'embrasse
Beaucoup pensent qu’il faut avoir le sens du sacré pour pouvoir un jour s’intéresser à l’Évangile. Il est probable que les tenants de cette hypothèse se situent dans l’espace religieux de la peur, de l’exorcisme, de l’utilité d’un Dieu porte-bonheur qu’on va chercher à capter pour l’utiliser à des fins personnelles. Rien ne peut davantage tourner le dos à l’Évangile. Les gens qui sont trop préoccupés d’eux-mêmes comme les gens qui sont pleins de religiosité ne sont guère aptes à accueillir l’Évangile. Les courants critiques du XIXe siècle qui ont éclairé de leur analyse la religiosité ont rendu de grands services à la compréhension de la foi, qui s’en distingue. L’Évangile ne se présente pas comme la morphine des victimes infantiles de la religion. On va de l’Évangile à la foi et de la foi à l’Évangile. Quand l’Évangile entre dans l’existence il n’arrête pas de témoigner que le relatif, la mort, le désespoir n’auront plus le dernier mot.
Il arrive aux chrétiens d’être parfois dépassés quand il s’agit d’évangéliser. Même avec de la stratégie, de bonnes méthodes, n’allons pas croire que nous allons susciter l’événement de la foi. À la différence de certains groupes qui sont à la hauteur de leur message jusqu’à pouvoir le manipuler et le vendre tous azimuts, les groupes évangélisateurs se perçoivent toujours en état d’infériorité par rapport à l’Événement-Évangile qui fonde la réalité chrétienne.
Il faut prendre son parti, dans le temps où nous sommes, que les philosophies et les sciences humaines, qui sont les produits culturels dans lesquels l’homme tend à s’interpréter totalement, ne sont pas, de nature, des partenaires d’un témoignage chrétien.