Genèse de la sécularisation

Pour Marie-France Cals, en hommage amical

   Il est d’usage de reconnaître que dans les sociétés occidentales modernes, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, les églises se vident. Comment est-on passé d’un temps, pas si lointain, où il était pratiquement inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une possibilité parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ? L’une des explications les plus courantes de cette évolution consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la science, la vérité aurait finalement triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas. En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire de l’humanisme qui fait du « désenchantement du monde » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une relecture intégrale de la modernité (1). Loin d’être une « soustraction » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du “matérialisme” et les promesses déçues de la modernité maintiennent en éveil la quête de sens.

Pendant des millénaires l’homme a été spontanément religieux. Être religieux ça faisait partie de l’homme. Au point que si quelqu’un n’était pas religieux il apparaissait comme un monstre.

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