Pour Annette et Pierre Jany, que j'embrasse
À Milan, à la fin du IVe siècle, les passions sont à vif. Les catholiques fidèles à Nicée s’opposent aux partisans ariens de l’évêque Auxence récemment décédé et l’élection du successeur est d’un enjeu d’autant plus considérable que Milan est l’une des capitales de l’Empire, où réside l’empereur lui-même lorsqu’il séjourne dans le nord de l’Italie, avec sa cour.
Ambroise ne sait pas ce qui l’attend. Il est né, croit-on, à Trèves, en 337 ou 339. Une mosaïque de Milan le représente petit, émacié, une tête oblongue, barbue, des yeux noirs. On décèle dans ses traits l’autorité dont il fit preuve, la ferveur et l’humilité qui impose la distance.
Ambroise ambitionne de devenir haut fonctionnaire, suivant ainsi la trace de son père, préfet des Gaules. À la mort de ce dernier la famille rejoint Rome. Ambroise y fait des études, s’initie à la philosophie, lit Cicéron, prépare l’avocature, plaide même avec éclat. On lui confie alors la charge de la gouvernance de deux provinces en Italie, avec résidence à Milan. Ambroise n’a que trente-cinq ans mais sait déjà se tenir à l’écart des factions qui s’affrontent.
Il est apprécié des Milanais. Tellement qu’il est appelé par la population à la succession épiscopale d’Auxence. On imagine la foule scandant : “Ambroise, évêque !”. Or, à l’instar de quelques uns des Pères que la fonction n’attirait guère, Ambroise ne souhaite nullement cette charge. Faudrait-il encore qu’il soit baptisé ! Mais il est habité par une forte conscience du devoir et se dit prêt à tout, même à abandonner son projet pour servir Notre Seigneur Jésus-Christ. Tout le peuple milanais est soutenu dans son projet par l’empereur chrétien Valentinien Ier. Ambroise s’incline. Il reçoit le baptême et est ordonné évêque en décembre de cette année 374. Les choses étaient pressées. À l’occasion de cette ordination Ambroise distribue tous ses biens à l’Église et aux pauvres de la ville.