Pour Gérard et Jacquette Lavielle, en hommage amical
Vers un monde nouveau
La fin du IVe siècle a été marquée par une belle mutation culturelle et politique. Jusque-là le philosophe envisageait le monde à partir de l’expérience qu’il avait de sa cité. La cité est une petite république qu’un regard peut embrasser. Le petit apparaît donc comme le paradigme du grand. “La cité est champ social en même temps qu’espace individuel, et il n’y a pas d’autre temps que son temps” (1). Qu’on se nomme Socrate, Platon ou Aristote, “on est concrètement d’ici”, d’Athènes ou de Sparte, de Corinthe ou de Milet, et “on pense cité”. Soudain tout change.
Alexandre est mort. Les cités grecques perdent leur indépendance. Recalée la philosophie ordonnée à la cité. La philosophie prend néanmoins de plus en plus d’importance. On la vit dorénavant comme une thérapeutique, au service de la guérison des maladies de l’âme (2). C’est un art de vivre et de mourir, au détriment de la cohérence et de la rigueur. Le philosophe s’avère à la fois prophète et psychanalyste.
Deux écoles apparaissent, l’épicurisme et le stoïcisme, qui vont façonner la culture à laquelle sera confronté le christianisme naissant, s’en nourrissant autant qu’il lui sera opposé.