Pour Marie, en hommage affectueux
L’eau n’est plus une manne divine quasiment gratuite, le temps de l’insouciance est derrière nous. Après des pluies abondantes dans les Pyrénées Orientales les agriculteurs se réjouissaient, concédant qu’il n’était pas nécessaire de s’inquiéter. L’eau, on en parle tant qu’elle manque, puis la pluie tombe, la rivière sort de son lit, et alors, on se dit que, décidément, elle ne manquera jamais.
Les caprices de l’eau font peur. Sécheresse en 2022, inondations en 2025.
En Iran la situation est désastreuse. S’ajoutant à la corruption, à la guerre, à l’accroissement de la pauvreté, voire à la famine. La sécheresse continue à cause des choix agricoles désastreux des mollahs qui ont imposé aux agriculteurs iraniens de produire pour exporter, y compris de la betterave, une culture pourtant assoiffée. 90 % de l’eau perse sont consommés par l’agriculture ; Téhéran s’enfonce par rétractation de ses nappes phréatiques, désormais quasiment vides. Faillite au pays de Darius.
L’image cocasse qu’on retient d’Ispahan ce sont les pédalos déposés sur le sable devant ce qui n’est plus qu’un misérable club house en ruine. Ils attendent de voguer à nouveau sur ce large fleuve qui traversait la ville, le Zayandeh Roud, (« le fleuve fertile ») que les Iraniens traversent aujourd’hui à pied pour se rendre au travail. Zayandeh Roud est l'un des symboles les plus importants de la ville d'Ispahan. Sous le règne des Safavides, de nombreux ponts sont construits. 33 arches du pont enjambent le Zayandeh Roud, symbole de la gloire de l’empire. C’était une des seules grandes rivières permanentes de ce pays aride et désertique. Il ne coule plus.
Le Zayandeh Roud prend sa source dans les monts Zagros qui culminent à plus de 4400 mètres d’altitude. Un lac dans lequel se déversaient les neiges fondues, au sud-est d'Ispahan, a aujourd'hui disparu. A l'est d'Ispahan, les paysans manquent d'eau.
Car l'eau est aujourd’hui captée en amont d’Ispahan pour irriguer des cultures inconcevables, trop assoiffées, pour être acheminée par un canal vers la ville la ville de Kerman connue pour ses pistachiers, et de Yazd.
La rivière est à sec depuis l’an 2000. Les paysans de la région ont organisé des manifestations pour inciter les autorités à trouver des solutions pour faire revenir l'eau dans la rivière. En vain.
L’eau est le premier tueur en série de l’histoire, notait Emmanuel Leroy-Ladurie (1).
Le cycle de l’eau est plus vigoureux que jamais. On sait, ce qui a échappé à Donald Trump, qu’en injectant un peu plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, nous augmentons sa température, ce qui a pour effet d’agiter à la fois l’air et l’eau. On trinque. Sans eau.
Gérard Leroy, le 24 juillet 2026
(1) Emmanuel LeRoy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an Mille, Champs, Histoire .