Pour Henri-Luc, en hommage amical

La réforme de la pensée et la politique de la civilisation étaient les pierres angulaires de la méthode interdisciplinaire du philosophe et sociologue Edgar Morin, qui nous a quittés le 29 mai 2026. Il nous invitait à «prendre conscience du destin commun de tous les êtres humains à l'ère de la mondialisation, à savoir les dangers de la guerre nucléaire, les dangers de la folie fanatique, les dangers de la domination du profit». «Nous ne devons pas seulement changer nos vies, écrivait-il, nous devons aussi changer nos manières. Nous ne devons pas seulement renoncer à la consommation d'objets futiles, à la valeur purement imaginaire, mais nous devons aussi revenir à l'essentiel, à ce qui est humain : les relations, le vivre-ensemble.» Il devient en effet nécessaire de prendre conscience du destin commun de tous les êtres humains à l'ère de la mondialisation qui risque de nous broyer. « L'humanité traverse une phase de son histoire chargée de dangers et, en même temps, pleine de promesses techniques et scientifiques

Il nous faut parvenir à une connaissance qui transcende la séparation a priori et stérile des différents domaines du savoir, et ainsi de promouvoir une éducation inspirée par ce qu’on appelle la «pensée complexe», fleuron de son épistémologie.

La culture n'est pas seulement fragmentée, mais aussi «divisée en deux blocs». D'un côté, la culture humaniste, qui se distingue, stimulant la réflexion sur la connaissance et favorisant l'intégration personnelle du savoir ; de l'autre, la culture scientifique, qui règne en maître, «séparant les domaines de la connaissance donnant lieu à des découvertes extraordinaires et à des théories brillantes, mais non à une réflexion sur le destin de l'humanité et l'avenir même de la science».

L'affaiblissement de la perception globale, à cause d’une connaissance réduite à une discipline, engendre un relâchement du sens des responsabilités et favorise la tendance de chacun au repli sur soi, au détriment avant tout d'un sentiment de solidarité et d'une harmonie sociale solide et constructive.

Puisse cette pensée être entendue, comprise et appliquée.

 

Gérard Leroy, le 10 juillet 2026