Pour le pasteur Philippe Perrenoud., Patrick Duprez, Albert Ducourant, Yves Giorello, Samuel Mourier, Denise Torgemane, Religions pour la paix.

   Le dialogue s’est ravivé à Istanbul entre le pape Léon et le patriarche Bartholomée, comme une forme de synodalité œcuménique

Le dialogue nous révèle à nous-mêmes, nous aide à nous mieux comprendre. Tout dialogue suppose la reconnaissance de l’autre comme autre. Non le même. Et l’ouverture à ce qu’on admet qu’il puisse nous apporter. Mais le dialogue va plus loin. L'expression de la pensée d’autrui a un rôle d’incitation, elle veut communiquer un contenu. Puis-je l’accueillir, puis-je m'en enrichir s’il apporte vraiment autre chose que ce que jusqu'ici je crois vrai ? Nous visons un point qui nous relie, encore indéterminé mais certainement situé au-delà d’une position actuelle inconciliable.

Le travail en faveur de l’œcuménisme , comme du dialogue inter-religieux, invite les croyants à se convertir. En cela même qu’une conversion est une ré-interprétation de soi-même, une mise en question de ses principes. Ce travail n’érode pas la foi. C’est dans la foi que nous nous engageons au respect de ceux qui ne la partagent pas. Pour cela, il convient d’abandonner le scepticisme dogmatique. L’Absolu, qu’on croit parfois détenir, est souverain et nous est en principe commun.

L'ouverture au dialogue nous place en attente de ce que les autres nous apportent, un ébranlement. En ce sens Nicolas Berdaïev pouvait écrire avec raison qu’une attitude sincère à l'égard du problème œcuménique suppose de la part de chaque interlocuteur un sentiment de sa propre incomplétude et un effort pour se compléter.

Ce qui implique de façon nécessaire, mais suffisante, la conscience de ne pouvoir identifier totalement ce que je tiens présentement en l'état ou je le tiens présentement.

L'horizontalité du dialogue ramène chacun à la verticale de ses principes.

L'esprit de l'homme s’avère capable de vérité, capable de l'accueillir. L’homme éprouve un appétit pour le vrai. Rappelons Pascal qui nous a montré que la vérité intégrale dépasse le particularisme des données divergentes. L’acquisition de la vérité procède ainsi dialectiquement.

C’est dans la même veine que se situent les penseurs tels que Ollé-Laprune, Maurice Blondel, le Père Laberthonnière. Si Hegel relève d'un autre univers philosophique, il a cependant appliqué au plan historique cette même structure par dépassement des thèses contraires en une synthèse supérieure, une sphère de conciliation des deux thèses. L'accession à la plénitude de la connaissance est dialectique.

Ce qu’ont bien compris et appliqué  Maurice Nédoncelle, Emmanuel Mounier, Jean Lacroix qui a écrit que le dialogue est l'avènement de la philosophie, laquelle est, selon la profonde définition de Eric Weil, « non violence ». L'Humanité tend à l'unité (ce qu’a montré Teilhard) ; elle est en quête de la cohésion de l’être, et malgré tous les prurits de racisme qui hantent encore nos mauvais rêves, elle est a la conviction de l'homogénéité de l’esprit.

Il s'agit de mettre cette structure de l'esprit humain en relation avec ce que les chrétiens savent du plan de Dieu et du sens de la création. C'est ainsi qu'Emmanuel Mounier a perçu la santé du chrétien affronté vraiment à des autres, vraiment autres, dans un monde divisé. C'est la relation à l'absolu qui lui paraissait imposer le dialogue et maintenir la personne en état de dialogue. Loin d'affaiblir les convictions, la participation au dialogue œcuménique a renforcé et approfondi ceux qui se sont livrés. Il a fallu dépasser une attitude religieuse de type purement sociologique, renoncer à identifier le relatif des formes historiques avec l'absolu du don de Dieu.

Ce sens et ce plan nous renvoient l'un vers l’autre. Pour nous relier. « Le plus court chemin qui va de soi à soi passe par l’autre » a écrit Paul Ricœur. Le dialogue est une des voies par lesquelles la diversité des perceptions se récompense dans l'unité vers laquelle tout converge et tout monte.

Gérard Leroy, le 5 décembre 2025