Lettre à Mgr Arthur Roche, préfet du dicastère pour le culte divin
Monseigneur,
En regard de la demande de l’épiscopat germanique votre Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements s’est opposé à la prononciation de l’homélie par un fidèle laïc au cours de l'Eucharistie. Votre dicastère déclare que l'homélie est réservée au prêtre ou au diacre et que cette réserve ne relève pas d'une simple discipline ecclésiastique susceptible de dispense mais qu’elle découle de la nature même de la liturgie et du lien entre la proclamation de l’Évangile et le ministère ordonné. Cette position n'est pas nouvelle. Elle reprend un enseignement exprimé à maintes reprises depuis des lustres.
La liturgie, en grec, signifie « une action du peuple ». Dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, on désigne par ce terme le culte du corps mystique de Jésus-Christ. Dans l’Épitre aux Hébreux, Jésus-Christ est nommé liturgie en tant qu’il est « Grand prêtre ».
Dans les premiers siècles la liturgie avec les prêtres avait certainement un « caractère improvisé dans le repas commémorant la mort du Christ et en tant que liturgie de lecture et de prière avec prédication » (cf. K. Rahner). Vers 600, à Rome des formules commençaient à être prescrites d'une façon obligatoire.
Il convient toutefois de distinguer prédication et homélie, distinction à la fois liturgique, théologique et pratique. Toute homélie est une prédication, mais toute prédication n'est pas une homélie en ce que l'homélie est une forme particulière de prédication, intégrée à la liturgie, en particulier à la messe. C’est parce que l’homélie est un moment liturgique qu’il revient au prêtre de la prononcer. La quête serait-elle un moment liturgique, au même titre que la consécration ?
Le grec homilia signifie « entretien », « conversation familière ». À l'origine, l'homélie était une explication des Écritures adressée à une communauté. Le mot prédication vient du latin praedicare, « proclamer publiquement ». La prédication est l'acte d'annoncer la Parole de Dieu, tandis que l'homélie est la forme liturgique de cette annonce.
Le canon 766 du Code de droit canonique de 1983 permet, dans certaines circonstances, que des laïcs prêchent dans une église ou un oratoire avec l'autorisation de l'évêque ; en revanche, le canon 767 ch1 réserve l'homélie pendant l’Eucharistie au prêtre ou au diacre. Cette distinction est précisément celle que rappellent les documents romains.
Avec les progrès de la réflexion théologique se fige le texte officiel afin de ne laisser perdre aucun des aspects dont la liturgie doit tenir compte : son rôle de médiateur du Christ.
Et si l’on introduisait un moment « non liturgique » dans la messe ? Une véritable rénovation liturgique ne devrait pas se contenter de rétablir la forme essentielle et originale de la liturgie mais devrait, comme dans les premiers siècles, découvrir dans la célébration eucharistique et dans l'écoute de la parole de Dieu la forme que ce moment doit prendre aujourd’hui, ce qui exige une connaissance exacte et une analyse théologique du monde présent. Ce qu'on appelle la théologie pastorale.
La position prise par votre dicastère s’appuie sur une distinction qui tire la couverture du côté du magistère, c’est-à-dire des hiérarques. L’Église n’est décidément pas très « catholique ».
Gérard Leroy, le 3 juillet 2026