Pour Véronique Schürr, en hommage amical

   Le premier médecin à avoir adopté une démarche médicale scientifique qui s'éloignait des pratiques rituelles et magiques alors en vigueur, c’est Hippocrate, dont la postérité sera immense. On est alors au cinquième siècle avt J.C.

Au 1er siècle de notre ère Néron accorda sa faveur à l’une des écoles de médecine dont les membres s’appelaient les Pneumatiques, parce qu’ils proclamaient la suprême importance de l’âme, et que leurs méthodes « psychanalytiques » convenaient à Néron, passionné de tout ce qui touchait à la magie.

Parmi les médecins les plus illustres de la période romaine on retient Galien, né à Pergame en Asie mineure, aux alentours de 130. Galien s’installera à Rome, pour y soigner empereurs et membres de la cour. Il est le médecin attitré du philosophe empereur Marc Aurèle. Le chirurgien a aussi résidé à Alexandrie, où il s’est attaché à préserver une partie des travaux de la célèbre école médicale d’Alexandrie. Nous lui devons d’avoir conservé les travaux de l’Égyptien Erasistrate (IIIe s. av. J.C.) qui avait posé les bases de l’anatomie et de la physiologie.

Dans l’empire les médecins sont formés sur le tas. Quelques femmes médecins nous sont connues, comme celle qui officie à Nîmes à la fin du premier siècle. On note aussi la présence des sages femmes.

La palette des soins est vaste. Les chirurgiens sont spécialisés pour procéder à l'amputation d'une jambe. Aux amputations s’ajoutent plus rarement des trépanations. La chirurgie réparatrice existe déjà pour corriger des anomalies de naissance. Les saignées fréquentes permettent l'extraction des humeurs néfastes. On traite les maux de tête avec des plantes. On utilise le pavot aux propriétés antalgiques reconnues. Les infections de l'utérus sont soignées avec des injections à base d’encens, reconnu comme anti-inflammatoire. Le céleri est utilisé comme diurétique. On procède aussi aux massages. Les traitements se font aussi sous forme de bains, pour soigner des maux d’estomac. On prend aussi des bains pour des affections intestinales, ou pour soigner les sinus, les oreilles ou les yeux ou encore la sciatique.

Un terme très usité dans le vocabulaire médical grec aussi bien par Hippocrate que par Galien, c’est le mot mot kairos (Καιροσ). Il désigne le temps opportun pour intervenir dans la maladie. On rencontre le terme dans l’évangile de Jean, où kairos s’articule sur le concept de krisis (crise) renvoyant en l'occurrence à une situation critique dans laquelle le jugement et la décision s’imposent.

À propos de l’incubation, qui est le temps intermédiaire entre la contamination et l’apparition des symptômes, on procède à l’endormissement après avoir accompli un acte rituel afin de recevoir par le rêve une assistance divine. C'est une tradition païenne, liée le plus souvent au dieu Asclépios (Esculape). Des médecins sont présents aux côtés des prêtres. Dans l’Antiquité les malades accouraient de toute la Grèce pour se faire soigner par le dieu guérisseur, Asclépios, en son Temple d’Épidaure. Après un bain et l’offrande d’un sacrifice, le malade passait la nuit sous un portique du temple, afin d’entendre en rêve le message du dieu guérisseur et le rapporter aux médecins. Le lieu grouillait de serpents, considérés comme des porteurs de la vie (1). C’est autour du bâton de cet Asclépios (Esculape) que s’enroule le serpent du Caducée, symbole du pharmacien. Près de 80 inscriptions y ont été découvertes, concernant des aveugles, des grossesses difficiles, des calvities (sic!), une épilepsie.

Médecine et religion sont indissociables dans l’Antiquité. Toute la pratique, malgré les progrès en cours, relève encore souvent du domaine de l’irrationnel. Ainsi les gnostiques voulant retrouver le Paradis originel et l’innocence de ses résidents, se déshabillaient avant de pénétrer dans l’église pour prier et prêcher tout nus.

Gérard Leroy, le 30 janvier 2026

(1) Le serpent est sacré, et au chœur de la liturgie. Les gnostiques d’origine chrétienne avaient une façon bien à eux de célébrer l’Eucharistie. Le célébrant disposait le pain et le vin sur l’autel et libérait un serpent de sa boîte. À son contact les espèces répandues étaient consacrées ! Les fidèles —fallait-il qu’ils aiment les reptiles— recevaient ensuite le baiser de paix du serpent avant de prendre le pain et le vin !