Saint Jérôme, de Stridon (347 - 420), un lettré peu commode

   Jérôme, c’est un caractère, pour ne pas dire un caractériel. Irascible, excessivement sensible, acerbe, tantôt vaniteux, tantôt truculent, capable d’encenser ses amis avant de se brouiller avec eux, Jérôme est avant tout un passionné des livres, de la culture, qui organise sa vie autour de l’ascèse et du travail intellectuel.

Garant de l’orthodoxie romaine, Jérôme se définit comme un chien de garde au service de l’Église.

Il est issu d’une famille chrétienne aisée. Il naît en 347, en Dalmatie, soit la Croatie actuelle. Il se rend à Rome pour y suivre des études, alternant, à l’instar d’Augustin, les moments de dévotion et la vie estudiantine joyeuse. Grammaire, rhétorique, philosophie, Cicéron et le poète Virgile forgent son esprit. Jérôme est insatiable. Il a seize ans quand il est baptisé, avant de partir pour Trèves pour étudier la théologie.

Un jour, ou plutôt une nuit, il fait un rêve : confronté au Juge suprême il est accusé de n’être pas aussi chrétien que “cicéronien”. Jérôme s’entend par là dire qu’il est temps de s’occuper des choses de Dieu. Il décide immédiatement d’apprendre l’hébreu auprès d’un juif lettré. Puis il voyage, en Gaule, à Antioche, au désert. Là il s’approche des moines de Syrie et séjourne deux ans auprès d’eux, de 375 à 377. Revenu à Antioche l’évêque Paulin l’ordonne prêtre. Jérôme reprend la route, vers Constantinople, pour y consulter les ouvrages des gigantesques bibliothèques. Il rencontre Grégoire de Nazianze qui l’initie à Origène que Jérôme surnomme “le Maître de l’Église, depuis l’âge apostolique”, et dont il traduit les Homélies. Puis il accompagne l’évêque Paulin à Rome, pour un concile. Le pape, fin lettré, l’estime tant qu’il le prend à son service. Voilà Jérôme secrétaire du pape. Il fréquente la haute société romaine, devient le guide spirituel de ces dames, qu’il forme à l’exégèse et à l’ascèse. Au passage, grâce à sa faculté d’accéder à la bibliothèque d’Origène qu’il pouvait consulter à Césarée, il traduit ce dernier, auquel il doit beaucoup, bien qu’il éprouve quelque difficulté à reconnaître la supériorité d’Origène auquel il doit tant.

 

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