Pour Edwige, avec mon affection
La Chine reste profondément confucéenne dans ses valeurs culturelles et sociales, même si le pays a traversé de profondes ruptures politiques au XXe siècle.
Une mutation s’opère. Le confucianisme subsiste, n’étant ni une doctrine politique officielle ni un ensemble de règles immuables. Il constitue plutôt un héritage culturel qui continue d'influencer les comportements, les valeurs familiales et certains discours politiques. En pratique, la Chine actuelle combine cet héritage avec des institutions modernes, une économie de marché encadrée par l'État et une société en rapide transformation.
Les fondements culturels persistants se retrouvent dans la famille et la hiérarchie. Le respect des parents et des aînés reste une règle de vie centrale. D‘autre part on insiste sur l'harmonie et l’ordre. La recherche d'un collectif uni et stable prime sur la conscience individuelle.
Le confucianisme continue d'influencer la Chine contemporaine, mais de manière différente selon qu'on parle de la politique ou de la vie familiale.
Le gouvernement chinois ne se définit pas comme confucéen. Son idéologie officielle repose sur le marxisme-léninisme, la pensée de Mao Zedong, le capitalisme d’État, le nationalisme, et secondairement un retour au confucianisme et les théories développées par les dirigeants plus récents. Toutefois, plusieurs valeurs confucéennes sont mises en avant lorsqu'elles servent les objectifs de stabilité et de cohésion sociale. Après avoir combattu cette philosophie au début du régime communiste, on peut parler d’un retour en grâce du confucianisme.
Le pouvoir actuel s'appuie à nouveau sur le confucianisme pour renforcer la cohésion nationale. Le gouvernement utilise des notions confucéennes pour promouvoir sa vision d'une « société harmonieuse » et diffuser sa culture à l’étranger.
On retrouve notamment l'importance de l’ordre social. Une société harmonieuse repose sur le respect des rôles et des responsabilités de chacun, docile envers l’impératif politique.
Les intérêts du groupe doivent primer sur les intérêts individuels. Le rôle d'un dirigeant vertueux, dans la pensée de Confucius, se pose comme principe qu’un bon gouvernement doit être exercé par des responsables compétents et moralement exemplaires. Aujourd'hui, cette idée est parfois mobilisée dans le discours officiel pour souligner l'importance de la compétence des cadres.
Le gouvernement a également encouragé un regain d'intérêt pour le patrimoine culturel chinois, notamment à travers les Instituts Confucius à l'étranger ou la mise en valeur de Confucius comme figure historique.
Dans la vie de famille moderne l'influence du confucianisme reste souvent plus visible. Le respect des parents et des aînés (la piété filiale) demeure importante. L'aide aux parents âgés s’inscrit dans la solidarité entre générations. L’éducation est considérée comme un moyen essentiel de réussite personnelle et d'honneur pour la famille. L'éducation insiste sur l'effort dans le travail scolaire et l’apprentissage, clés majeures de réussite et de vertu.
La Chine moderne connaît de profonds changements. Les familles sont moins nombreuses qu'autrefois ; les jeunes adultes choisissent plus librement leur partenaire et leur mode de vie ; les femmes occupent une place plus importante sur le marché du travail, ce qui modifie les rôles familiaux traditionnels ; l'urbanisation et les migrations éloignent souvent les enfants de leurs parents.
En résumé, le confucianisme reste une référence importante en Chine, mais son influence s'exprime aujourd'hui davantage comme un ensemble de valeurs culturelles adaptées aux réalités contemporaines que comme un système appliqué dans sa forme traditionnelle.
La Chine est aujourd’hui un mélange de plusieurs traditions et idéologies. À quelques nuances près. Après la révolution de 1949, puis pendant la Révolution culturelle, le confucianisme était dénoncé comme un symbole de la société féodale. Les textes de Confucius étaient vivement critiqués. Depuis les années 2000, la situation a changé. Les autorités chinoises valorisent la pensée confucéenne, notamment l'importance de l'harmonie sociale, le respect de l’autorité, les devoirs envers la famille, l’éducation et le mérite, la stabilité politique.
Ces valeurs font partie du patrimoine culturel chinois.
Mais la Chine n'est pas un État confucéen. Le système politique reste officiellement fondé sur le socialisme dirigé par Parti communiste chinois. Le gouvernement ne cherche pas à restaurer le confucianisme comme doctrine religieuse ou philosophie politique. Il en retient surtout les éléments compatibles avec ses objectifs, la cohésion sociale, la loyauté envers l’État, la discipline, le rejet du conflit ouvert.
Si le confucianisme exerce toujours une influence profonde sur la société, il reste
indépendant de la politique officielle.
Certains parlent d'une renaissance authentique du confucianisme ; d'autres estiment qu'il s'agit surtout d'une utilisation politique sélective de symboles et de valeurs confucéennes pour renforcer la légitimité de l'État ; d'autres encore considèrent que la Chine actuelle est une synthèse originale où coexistent l’héritage confucéen, le socialisme, le nationalisme et le capitalisme.
En résumé, la Chine d'aujourd'hui n'est pas confucéenne au sens où l'était la Chine impériale, mais le confucianisme y exerce de nouveau une influence importante, tant dans le discours officiel que dans de nombreux aspects de la vie sociale. Il s'agit davantage d'un confucianisme réinterprété et adapté au contexte contemporain que d'un retour à la tradition dans son intégralité.
Gérard Leroy, le 7 août 2026