Pour Aurélie Calluaud, en hommage amical

   C’est un fait, la sécularisation a entraîné cet athéisme qu’on dit « méthodologique » en ce qu’il désigne un comportement dont la caractéristique est d’agir, dans tous les domaines d’activités, scientifique, économique, politique, artistique, littéraire, comme si Dieu n’existait pas. Depuis Nietzsche et le récit de l’homme insensé traversant la place en plein midi tenant une lampe allumée à la recherche de Dieu (1), voilà que Dieu n’est plus.

De sorte que l’élément religieux qu’on incluait directement dans la vie de tous les jours et dans toutes nos activités a disparu.

Dans le prolongement, la foi chrétienne a perdu de son influence, les valeurs religieuses spontanées de l’existence allant en décroissant. Alors que tout avait hier encore une signification religieuse, les moments importants d’une vie étaient scandés par une fête à composante religieuse. Tout avait une origine divine et même une explication qui faisait dépendre toute chose de Dieu.

Depuis, l’homme s’est donné d’être le seul maître de la nature.

Le monde a voulu faire le divin en soi qui, par là même, fait de l’homme un captif. L’expérience religieuse de l’être n’est pas supprimée, elle continue à agir dans la subordination à de nouveaux dieux, pervers, fabriqués de toutes pièces à l’aide de legos toujours plus sophistiqués. L’idéologie, qui engendre l’idolâtrie tant condamnée par le judaïsme, revient. Ce processus conduit au désenchantement. Le chrétien devient moins pieux que le païen de la Rome antique et l’accusation d’hostilité d’un État dirigé contre l’Église, depuis le XVIe siècle, correspond à cette accusation paradoxale d’impiété que l’État païen élevait contre les chrétiens.

Chaque croyant, de ce seul fait qu’il est croyant, est exposé à un climat à tendance totalitaire. Il serait utile de suivre la nature et l’évolution de cette accusation depuis l’hypocrite procès intenté au Christ jusqu’à nos jours.

Gérard Leroy, le  3 août 2023

 

(1) Le Gai Savoir, § 125, L’insensé