Théologie
Le phénomène de la pluralité est-il de fait ? Ou bien de droit ?
Pour Fabien et Jean-Luc, en hommage amical
Deux textes privilégiés répondent à notre question : le chapitre 11 de la Genèse relatant la construction de la Tour de Babel, et le mystère de Pentecôte dans le second chapitre des Actes.
Babel, qu’est-ce que c’est ? Un projet humain d’unité, au moyen de l'édification d’une tour gigantesque; une construction interrompue par des malentendus, l'incompréhension des ordres, des disputes; un rêve qui s’effondre, celui d'accéder au ciel et de dominer la terre. “Car Dieu confondit leur langage et il les dispersa sur toute la face de la terre”.
Qu’est-ce que ça signifie ? Une punition ? Certes pas ! Un coup de colère de Dieu et c’est à un cataclysme qu’il faut s’attendre. En revanche, le texte révèle la visée créatrice de Dieu, “Dieu répartit l’humanité sur toute la terre.”
La clé de lecture de cette histoire est au chapitre suivant, en Gn 12.
Le pluralisme religieux comme question théologique
Pour le P. Fabien, en hommage amical
Face à la diversité des traditions religieuses une question se pose : a-t-on affaire à un pluralisme de droit, voulu par Dieu, ou à un fait contingent de l’histoire ? L’option théologique qui s’engage dans l’hypothèse herméneutique d’un pluralisme de droit est audacieuse.
D'autant que les Écritures ne nous aident guère à répondre à cette question. Cependant le seul récit de la Tour de Babel est significatif, en ce qu'il conclut par la bénédiction par Dieu de la multiplicité des peuples et des cultures, et atteste par là de la condition originaire de l'homme (Gn 12).
Si les religions des païens conduisent souvent à l'idolâtrie, comme l'a montré Paul aux Romains (Rm 1, 18-32), la diversité religieuse donne à Paul l'occasion de souligner la volonté salvifique universelle de Dieu : "Dieu veut le salut pour tous les hommes" (1 Tim 2, 4).
Rébecca, aux charnières mêmes de l'histoire sainte
Pour Béa, pour Annette et Pierre, en hommage affectueux
Abraham dit à son serviteur, le plus ancien de sa maison (...) : “Je t’adjure (...) d’aller dans mon pays et dans mon lieu natal chercher une épouse à mon fils, à Isaac !” (Gn 24, 2-4).
Si, bien vite, sans même attendre la fin de l’année de deuil, Abraham est pressé de marier son fils, c’est qu’il est âgé, et accablé de solitude. À l’absence de Sarah doit répondre, sans tarder, l’alliance avec celle qui éviterait que ne s’anéantisse dans la mort cette histoire d’Abraham et de Sarah, vouée à un autre destin. Abraham veut d’une volonté forte, que sa progéniture se perpétue.
La diversité religieuse pose la question de la vérité
Pour Bernard Rubiella, en témoignage d'amitié
Quelle religion est vraie ? La vérité n’appartient-elle qu’à une seule? Ou à toutes ? Ou bien encore à aucune ? Qu’est-ce que la vérité ?
Dans la tradition grecque, la vérité est la réalité “dé-voilée”, c’est ce qui est à découvert. On a peu de chance de la rater, disait Aristote, tant elle est énorme. Les siècles ont passé sans que rien ne changeât là-dessus. Pas même avec Husserl (†1938) qui prétendait que la vérité, d’une irréfutable évidence, n’avait pas besoin d’être démontrée.
Thomas d’Aquin l'a définie comme adequatio intellectus et rei, adéquation du discours de l’intelligence du réel et de la réalité qui juge et homologue le discours.