Théologie
Questions sur l’herméneutique en théologie
Pour l'ami Paul Marco
Paul Ricœur a montré que le texte transforme le lecteur. “Se comprendre, écrivait Ricœur, c’est se comprendre devant le texte et recevoir de lui les conditions d’un soi autre que le moi qui vient à la lecture”. Autrement dit, le texte m’introduit en quelque sorte à une conversion. Qu’en est-il du rapport entre la vérité et l’histoire ? (1). Les récits historiques sont passés au crible de la critique textuelle, herméneutique, permettant d’accéder à une vérité signifiante plus importante que le support historique. “Il faut en passer par la démythologisation des mythes bibliques [...] pour découvrir une vérité impossible à dire d’un simple point de vue scientifique ou philosophique, une vérité impossible à transmettre sans le secours, le détour du symbole et du mythe” dit P. Ricœur.
Le mythe est nécessaire. La démythologisation a donc pour fonction une certaine purification de la foi, ramenée à son noyau essentiel, par la dure ascèse des conclusions du savoir scientifique.
Lire l’Écriture c’est en effet s’exposer à être changé, dans la tension entre la portée historique et la portée symbolique du texte. Comment maintenir la fidélité à une tradition et proposer de nouvelles interprétations de l’Écriture qui fonde la tradition ? La transmission de la foi s’organise toujours selon une réinterprétation créatrice d’un Événement —la Résurrection, par exemple— qui est toujours un Événement actuel. Créatrice, certes, la fidélité n’en est pas moins tenue, pour subsister, de respecter l’interaction constante de la foi et de l’histoire.
De la liberté à la libération. Article de Xavier Larère.
Ce texte fait suite à celui que nous avons publié la semaine dernière. Nous avons été stimulés par les observations de Xavier Larère que nous remercions pour les avoir proposées à Questions en partage.
On nous serinait encore, au lendemain de la guerre, l’effrayant et célèbre « Hors de l’Église, point de salut ». Formulé, avec une portée limitée, par St Cyprien au IIIème siècle, il fut généralisé par le concile de Florence (1442) dans des termes qui méritent d’être cités (que je reprends de ‘’L’Évangile de l’Esprit’’ de René Coste) : « Aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques, ne peuvent devenir participants de la vie éternelle, mais iront dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges ».
Il faudra attendre… cinq siècles avec Vatican II et ses constitutions Lumen gentium et Gaudium et Spes, pour abandonner cette prétention et arriver à une formulation un peu alambiquée, traduisant sans doute la difficulté de la mutation. Je me limite à l’essentiel : « Le salut apporté par le mystère pascal du Christ ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce ».
Le Salut. De la libération à la liberté. Réflexion de Xavier LARÈRE.
Nous remercions vivement Xavier Larere, Président du Mouvement de Réinsertion Sociale (MRS), de nous gratifier de ses stimulantes réflexions. Voici la première partie sur le thème du Salut dont nous publierons la suite la semaine prochaine. Cet article vient à point, en ce soir de Noël que l'équipe de Questions en partage souhaite à ses quinze mille lecteurs de fêter dans la joie profonde de l'Espérance que génère cet Événement.
De temps à autre, on devrait relire Rimbaud, il se montre souvent d’actualité :
« Le sommeil dans la richesse est impossible. (On le savait depuis La Fontaine, mais la suite est plus nouvelle). La richesse a toujours été bien public ». Je propose de dédier ces lignes à nos amis les spéculateurs et autres traders.
« J’ai dit : Dieu. Je veux la liberté dans le salut : comment la poursuivre ? »
Presque un siècle et demi plus tard, nos contemporains veulent la liberté. Sans toujours accepter la responsabilité qu’elle implique. Mais, veulent-ils aussi le salut ? Sans doute cherchent-ils le bien-être, voire le bonheur, mais le salut les intéresse-t-ils ? Du moins, le salut traditionnel, formulé en termes de péché, de rédemption ou d’enfer ? Ainsi que les bons Pères eudistes de Versailles l’enseignaient à la fin des années 40, de façon à marquer les jeunes âmes.
Loin d’être une perspective qui concerne chacun, le salut apparait aujourd’hui comme un concept abstrait, un peu vieillot, déconnecté des réalités. Est-ce étonnant ? Pas tellement car :
Qui est Dieu, s'il est ?
Pour Gérard et Jacquette Lavielle, avec mon amicale reconnaissance
Si Dieu est, comment est-il ? La réponse n’est pas à portée humaine, dira Thomas d'Aquin. Dieu est plénitude. Et il est Un. Être pur. Toute pluralité en effet impliquerait des différences. Il faut donc qu’une telle Réalité soit unique (1).
Thomas d’Aquin passe en revue les difficultés quant à la possibilité d’attribuer des Noms à Dieu. Puisque nous ne pouvons pas dire ce qu’il est, il s’agit donc de savoir ce que Dieu n’est pas. C’est alors que Dieu est qualifié d’une série d’attributs négatifs : Dieu échappe à la composition, à la limitation, au changement. Thomas traduit par défaut ce qui est plénitude: la perfection (q. 4), mais aussi la bonté (q. 5 & 6), l’ubiquité (q. 8), l’éternité (q. 10). La question 11 conclut à l’Unité de Dieu, au-delà de l’un et du multiple. La question 12 résume la transcendance de Dieu : “Ce qu’on écarte de Lui on ne l’écarte pas en raison d’un manque, mais parce qu’Il le surpasse.” “Non fini” ne signifie pas “en voie d’achèvement”, “à l’état inchoatif”, mais parce que Dieu surpasse la finitude.
La question 13 examine enfin les possibilités d’attribuer des noms à Dieu. Thomas rappelle que le mot est en rapport avec la chose qu’il désigne, dans un effort de signification. Thomas cite Aristote: “Les noms sont signes des concepts, et les concepts sont à la ressemblance des choses”; Thomas emboîte le pas du philosophe grec : “Les mots se réfèrent aux choses à signifier par l’intermédiaire des conceptions de l’esprit". ”En conséquence, conclut Thomas, Dieu peut bien être nommé, mais pas par des noms qui prétendraient exprimer l’essence divine, à la manière dont le mot homme exprime l’essence de l’homme telle qu’elle est”.