La dualité des sexes est-elle nécessaire à la procréation ?

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Pour Béatrice Brault-Scaillet, en prolongement de ce belle fête de l'Assomption

   Certains futurologues affirment que la dualité des sexes ne sera bientôt plus nécessaire à la procréation. Les tenants de cette hypothèse, qui relève de la science-fiction et rejoint le monde du post- humanisme promis par des intellectuels en quête d'originalité, pourraient utilement se remémorer qu’il y a cinquante ans, les généticiens promettaient qu’une fois tous les gènes humains séquencés, la « machinerie humaine » n’aurait plus de secrets. Or le génome est désormais séquencé et, si la compréhension de son fonctionnement global est meilleure, le traitement des maladies génétiques a peu progressé. Cet exemple peut rappeler la modestie et l’humilité nécessaires dans l’anticipation des avancées de la science, car plus on progresse dans la connaissance et plus l’horizon des questions s’éloigne. Certes, dans la course au sensationnel, il est arrivé que les médias, impressionnés par les descriptions d’opérations chirurgicales de « changement de sexe », mentionnent inconsidérément qu’une personne de sexe mâle pourrait bientôt enfanter, tout comme certains avaient imaginé, voilà longtemps, la possibilité de "grossesses péritonéales" chez l’homme, achevées par une césarienne. Rien de tout cela n’est aujourd’hui crédible, ni même envisageable pour de multiples raisons scientifiques (au rang desquelles il faudrait mentionner l’immunologie), alors qu’un des mystères de la grossesse est la tolérance de l’organisme féminin au "corps étranger" qu’est l’embryon, puis le fœtus. Rien ne permet, aujourd’hui, d’imaginer qu’un homme, un mâle, puisse devenir une femme fertile.

De manière tout aussi aléatoire, on avance pour bientôt la possibilité de fabriquer – on n’ose pas encore dire concevoir – des enfants à partir de deux pères. C’est tout simplement ignorer le rôle essentiel de certains mécanismes épigénétiques qui régulent l’expression complémentaire des gènes en fonction de leur origine parentale. On doit donc constater que le changement de paradigme en matière de biologie sexuelle ne paraît pas justifié. Pourtant, certains argumentent sur l’éventualité d’un nouveau type de procréation "entre hommes" pour en tirer des conclusions sur le plan éthique. C'est pour le moins scabreux ! Ainsi, un philosophe laisse penser que créer une souris à partir de deux mâles serait possible. Et d'affirmer : «Ce qui un jour apparaît contraire aux processus spontanés de la nature peut après apparaître conforme à ces processus. La science fait de la nature une norme seulement provisoire». Les préceptes moraux de la société occidentale seraient selon ce philosophe basés sur un attachement trop scrupuleux à des «normes naturelles». Tout est là : abandonner la relation avec la nature pour la soumettre à nos projets les plus fous. S’il est indéniable que la réflexion éthique est sollicitée par certaines évolutions techniques (par exemple, un prématuré de 700 grammes réputé non-vivable il y a quelques années, peut l’être aujourd’hui grâce aux progrès de la néonatologie), en revanche, penser que ces évolutions peuvent modifier les normes morales est pour le moins étrange, voire risqué.

L'homme n'est pas prêt de quitter sa visée prométhéenne illustrée par le chapitre 11 du Livre de la Genèse qui relate la construction de la Tour de Babel !

 

Gérard LEROY, le 16 août 2017